s. m. Calendrier ou table où sont escrits les jours & les festes de l'année, le cours de la lune, &c. L'Almanach de l'an de grace, de l'an bissextil. Cardan a fait un Traité de supplemento Almanach. Ce mot est Arabe composé de l'article al, & de mana, qui signifie compter. Nicod. Covarruvias dit que selon quelques-uns, ce mot vient de manah, qui signifie, selon eux, Calendrier. Il adjoûte que Diego Durrea assûre que la terminaison Arabe de ce mot est manaquebu, du verbe necabe, qui signifie, predire l'advenir. Cependant il soûtient que ces deux sentimens ne reviennent qu'à une même chose. Car l'Hebreu manah sign. nombrer, supputer. Or tout le monde sçait que les Almanachs ne consistent qu'en supputations astronomiques. Scaliger dit qu'il a été fait de l'article al, & de min, mot Grec qui signifie mois. D'autres croyent que ce mot vient des Egyptiens long-temps avant les Arabes. Du Cange. Menage dit que les Arabes l'ont fait du Persan salmaha, qui signifie, la periode de la lune.
v. act. Tremper quelque chose dans l'eau, l'abreuver, l'arrouser de quelque liqueur. Il ne faut pas aller à la pesche, quand on a peur d'estre mouillé, il est comme les chats, il a peur de se mouiller la pate. La petite pluye mouille & penestre les habits. Le brouillard mouille les cheveux. La rosée mouille & brusle les souliers. On mouille les cuirs pour les corroyer, le papier pour le coller. Les Fonteniers prennent plaisir à mouiller, à faire mouiller les valets dans les grottes. On dit aussi, mouiller son pain au pot, le mouiller dans le vin, pour dire, l'y tremper. On dit aussi d'un homme qui pleure, qu'il a les yeux, les jouës mouillées : Ce mot vient du Latin molliare & Mollire. Menage.
subst. fem. Ce mot signifioit autrefois, Course impreveuë sur l'ennemy : aujourd'huy il signifie seulement les injures ou insultes qu'on fait à quelqu'un qu'on méprise, soit par des paroles, soit par quelques adresses malicieuses. Il s'est absenté de cette maison, parce qu'on luy faisoit mille algarades.
v. act. Pleurer, faire des plaintes sur quelque perte ; quelque accident fascheux ou douloureux qui arrive. La coustume veut en plusieurs endroits que les veuves viennent lamenter la mort de leurs maris sur leurs tombeaux. On le dit aussi avec le pronom personnel. Vous vous lamentez en vain, la mort est inexorable, elle ne rend point ce qu'elle a pris.
s. m. Gros poisson de mer dont on trouve quantité vers la riviere des Amazones. C'est le meilleur de tous les animaux pour la nourriture de l'homme. Il a le corps fait comme une baleine jusqu'à la queuë, qui est platte & arrondie au contraire des autres poissons. Sa teste est comme celle d'une taupe, son museau comme celuy d'une vache, ses yeux comme ceux d'un porc, ses machoires comme d'un cheval, excepté qu'il n'a point de dents devant, mais seulement une carnosité dure comme un os, avec quoy il pince l'herbe. Il a trente-deux dents molaires aux côtés des deux mâchoires. Ses yeux sont tres-petits, aussi-bien que ses nerfs optiques. Ils n'ont point d'Iris, & fort peu d'humeur. Il n'a que tres-peu de cervelle. Il a tous les organes necessaires à l'ouïe, & il entend le mieux de tous les animaux ; car il entend du fonds de l'eau, & pour le pescher il ne faut point faire de bruit. Il n'a point de langue, & ressemble par dedans fort à la tortuë. Son sang n'est ni chaud, ni froid, & ne se fige jamais. Ses parties genitales tant internes qu'externes ressemblent plus à celles de l'homme & de la femme, que d'aucuns autres animaux. Les femelles ont deux mammelles, qui en leur situation, grandeur, figure & substance sont comme celles des femmes noires. Elles n'ont qu'un petit à la fois, & elles le portent toûjours avec elles jusqu'à ce qu'il ait la force de paistre, qui est au bout d'un an. Elles n'ont que deux ailerons ou pattes qui sont comme des bras, avec quoy elles tiennent toûjours leurs petits, & ils ne se separent point, soit qu'on tuë le petit, ou la mere. Le lamentin a depuis son col jusqu'à la queuë une espine dorsale composée de cinquante-deux vertebres semblables à celles du cheval, venant à diminution par les deux bouts. Sa chair est comme celle d'un veau, & sa graisse a du rapport à celle d'un porc, & a aussi bon goust. Il se nourrit comme la tortuë, va boire dans la riviere, & ne va jamais à terre, ne peut marcher, ni ramper hors de leau, & est gros comme un boeuf. Les Espagnols le nomment pece buoy. Il a par tout le corps du poil fait comme la soye du porc blanc. Son cuir est fort espais, & étant bien conrroyé, on en fait des targues qui resistent à une bale de mousquet. Celuy qui mange de sa chair est mieux nourry que s'il mangeoit une fois autant de mouton. Il n'a pas la respiration libre dans l'eau : c'est pourquoy il met souvent le mufle dehors, & alors on l'arreste avec des harpons. Il est de grand debit dans les Antilles.