s. m. Nourriture necessaire pour faire croistre & subsister tout ce qui a vie, ou quelque chose d'analogue à la vie. Les Medecins appellent aliment, tout ce qui peut être dissous par le levain de l'estomac, ou par la chaleur naturelle, & changé en chyle, pour aprés devenir sang, & reparer la dissipation qui se fait continuellement des parties du corps. Le pain est le meilleur aliment de l'homme ; l'avoine des chevaux. l'eau est le principal aliment des plantes. le bois est l'aliment du feu. Mr. Bernier dit qu'on ne doute pas qu'au bout de sept ou huit ans toute la matiere de nôtre corps ne fasse place à celle des alimens. Fortunius Licetus a fait un livre in folio de ceux qui ont vescu long-temps sans alimens. On a vû un fou dans les Petites Maisons de Harlem en l'année 1685. qui s'imaginoit être le Messie, & qui pour l'imiter fit un jeûne de 40. jours & de 40. nuits sans prendre aucun aliment.
s. f. La licorne se trouve seulement dans l'Afrique. Son vray pays est dans la Province d'Agoas au Royaume des Damotes en Ethiopie. C'est un animal fort craintif qui se retire dans les bois, & qui pourtant se hasarde quelquefois à venir dans la plaine. Il a une corne blanche au milieu du front de cinq palmes de longueur, telles qu'on les depeint icy. Il est de la grandeur d'un cheval de la mediocre taille, d'un poil brun tirant sur le noir, ayant le crin court & peu fourni & noir, aussi-bien que sa queuë. Le Pere Lobo dans ses Voyages rapporte plusieurs témoignages de gens qui en ont vû, & c'est ainsi que la descrit Vincent le Blanc dans son Voyage d'Afrique : mais cet Auteur est fort suspect, aussi-bien qu'André Thevet, qui escrit que le Roy de Monomotapa le ména à la chasse de la licorne, qui est frequente, dit-il, en son Royaume ; & qu'il luy fit present de deux cornes de licorne, qu'il rapporta en France, dont il en donna une au Roy, qui est celle qu'on voit à present au Tresor de St. Denis : & il croit qu'elle vient des dents d'élephant travaillées par les Ouvriers. Il y en a une fort grosse à Strasbourg de sept à huit pieds, qui est tortillée. Toutes celles du Tresor de Venise sont differentes. Pline dit que le premier qui a escrit de la licorne, est un nommé Ctesias, qu'Aristote dit estre un Auteur fort suspect. Elian n'en parle qu'en doutant. André Marin docte Medecin de Venise, a fait un Traité de la fausse opinion de la licorne. Les autres Auteurs qui en ont escrit sont Philostrate & Solin, Aeneas Sylvius qui est le Pape Pie II., Marc Paul Venitien, Aloesius Cadamustus, Louïs de Berthame en son Voyage d'Ethiopie, Cardan, Gesner, Garcias Abhorto, &c. Les uns disent qu'elle ressemble à un cheval ou poulain, les autres à un asne, les autres à un cerf ou à un bouc par sa barbe, les autres à un élephant, les autres à un rhinoceros, les autres à un levrier. Munster & Thevet disent que c'est un amphibie vivant dans l'eau & sur terre, & que sa corne est mobile selon la volonté de l'animal. D'autres disent que sa force consiste en sa corne ; & que quand elle est poursuivie par les Chasseurs, elle se precipite du haut des rochers, & tombe sur sa corne, qui soutient tout l'effort de sa chûte, en sorte qu'elle ne se fait point de mal. Enfin tous les Auteurs rapportent differemment la figure & la couleur tant de l'animal que de sa corne & de toutes ses parties. C'est pourquoy les plus sensez tiennent que c'est un animal fabuleux. Les Latins l'ont appellé unicornis, & les Grecs monoceros. Mais on a trouvé aux Indes plusieurs animaux qui n'ont qu'une corne, comme vaches, taureaux, chevaux, asnes, cheures, daims, &c. La Peyrere en sa Relation de Groenland dit que ce qu'on croit corne de licorne est une dent d'un gros poisson nommé par les Islandois narwal, & dans d'autres lieux rohart, qui se trouve dans la Mer Glaciale, qui a fourny abondance de ces cornes dans les cabinets des curieux. Même Charras dans sa Pharmacopée se vante d'en avoir une qui surpasse en longueur & en grosseur celle du Tresor de St. Denis. Cette corne sort du milieu du devant de la maschoire superieure de ce grand poisson, où elle a environ un pied de long de racine aussi grosse que la corne même. Elle luy sert même d'arme & de deffense pour attaquer les plus grosses baleines, & il la pousse avec tant d'impetuosité, qu'il en peut percer un fort gros vaisseau. Paul Louïs Sachsius Medecin fait la description d'un Monstre marin qu'il appelle unicorne ou monoceros, qui est une espece de baleine qui vit de cadavres, qu'on pesche sur les costes d'island & Groenland, dont la corne est la seule dent qu'il a en la machoire superieure, qui est tournée, canelée, & terminée en pointe. Celle que vit cet Auteur estoit de 9. pouces de long.
s. m. C'est ainsi que les Poëtes des Payens ont nommé l'estoille de Venus, lors qu'elle paroist le matin, quand elle est Orientale au Soleil. l'Ecriture luy attribuë aussi le nom de cet astre en ces mots. Numquid producis luciferum in tempore suo, & vesperum super filios terrae consurgere facis ? Job. 38. vers. 32. & tu lucifer qui mane oriebaris, ante luciferum genui te.
subst. masc. Eloquent, qui sçait bien la Rhétorique, & qui la met en pratique. Ciceron a escrit trois Livres de l'Orateur, & a été un des excellents Orateurs. Quintilien a escrit douze Livres de l'institution de l'Orateur. L'Orateur doit estre homme de bien, gagner la bien veillance de ses Auditeurs. Le principal point de l'Orateur, c'est de sçavoir exciter les passions, & c'est ce qu'on appelle un Orateur vehement.
s. m. Arbre qui est fort grand, qu'on nomme autrement Lotus, qui produit un fruit plus gros que le poivre, & qui est bon à manger, & propre à l'estomac. Il est de figure de feve, & meurit comme le raisin, changeant souvent de couleur. Il vient comme le myrte, dru & espais, ayant d'un côté & d'autre des surgeons, des branches. Sa feuille est dentelée à l'entour, presque comme l'Yeuse. Son bois est noir & recherché pour faire des fiffres. Il est fort branchu, & s'étend au loin, & fait beaucoup d'ombre. Il y en a de plusieurs sortes, dont la difference se prend de la diversité de leur fruit. Il y en a un qu'on nomme bastard. La meilleure espece est celle qui porte un fruit sans noyau, qu'on appelle perles, dont on tire du vin semblable au vin miellé, qui dure dix jours. Il est si commun en Afrique, qu'il a servi de subsistance à des armées entieres : ce qui a donné le nom à des peuples d'Afrique habitants vers les Syrtes, qu'on a appellez Lotophages, à cause qu'ils vivoient de ce fruit. On les nomme maintenant Chelbins. Ce fruit est si doux, que ceux qui en goustent renoncent volontiers à leur patrie : d'où vient qu'Homere dit que les compagnons d'Ulysse en ayant tasté, donnerent bien de la peine à leur Chef pour leur faire quitter ce pays-là. C'est pourquoy il a été appellé par quelques-uns Ulyssius. Mais son nom ordinaire en Medecine c'est Lotus, & Celtis aria. Pline fait mention d'un Lotus qui avoit 450. ans, & d'un autre que Romulus planta, qui étoit aussi vieux que Rome. Quelques Modernes font mention d'un autre Alisier, qui est un arbrisseau portant un fruit rouge comme des cerises, qui naist en France, & dont les Anciens n'ont point parlé. Voyez Matthiole.