v. act. Espancher, faire tomber de la liqueur. Les tables de bois de rapport se gastent, quand on respand de l'eau dessus. Cette guerre a bien fait des veuves, a bien fait respandre des larmes.

RESPANDRE, signifie presque en ce sens, Tuer, massacrer. Les Tyrans ont bien respandu, bien versé du sang Chrestien. Les Espagnols ont bien respandu du sang dans les Indes, sous pretexte de convertir les Indiens. Il y eut bien du sang respandu en la bataille donnée par Charles Martel.

RESPANDRE, se dit aussi de la distribution de plusieurs choses. Les Capitaines Romains respandoient de l'argent parmi les soldats pour se faire élire Empereurs. Dans les guerres civiles on respand des billets, des libelles, des manifestes pour exciter le peuple à sedition.

RESPANDRE, se dit figurément en choses morales. Dieu a respandu bien des graces sur cette famille. Il s'est respandu un bruit par la ville, que l'Antechrist estoit né. Les mauvaises nouvelles se respandent bien plustost que les bonnes. Le Mahometisme se respandit en moins d'un siecle dans toute l'Asie & l'Afrique, & une partie de l'Europe. On dit aussi, qu'un citoyen doit respandre tout son sang pour sa patrie, c'est à dire, se sacrifier pour elle en toutes manieres. On dit poëtiquement, que le sommeil respand ses pavots, pour dire, qu'on s'endort ; que l'aurore respand des roses, quand elle se leve.

RESPANDRE, signifie aussi, S'étendre beaucoup au long & au large. Quand la riviere desborde, elle se respand dans ces prairies, elle inonde ces campagnes. La contagion se respand en peu de jours dans une Province, si on n'y met bon ordre.

On dit aussi d'un Prince bien fait, qu'il y a un certain air de majesté respandu par toute sa personne. On dit d'un Poëme, qu'il y a une certaine venus respanduë par tout l'ouvrage.

On dit proverbialement, qu'un homme s'est laissé respandre, pour dire, qu'il est mort, ou tombé.