v. act. qui se dit souvent avec le pronom personnel. Témoigner sa douleur, son affliction par quelque signe exterieur. Il faut que ce malade souffre beaucoup, il n'a pas coustume de se plaindre. Il plaint le bras, la jambe, les lieux où il sent du mal. Cette veuve se plaint de la mort de son mary, elle pousse les hauts cris. Ce mot vient de plangere.
PLACE, en termes de Guerre, est un mot generique qui comprend toutes sortes de forteresses où on se peut deffendre, d'un lieu tellement disposé, que les parties qui l'entourent & le ferment se deffendent ou se flanquent les unes les autres : & on appelle place forte, un lieu flanqué & couvert de bastions. On l'appelle aussi place de guerre. Cazal est une forte place. Ce Capitaine a bien deffendu sa place ; cet autre a rendu la place, elle n'étoit pas en deffense. La place n'étoit pas tenable. On a pris la place d'assaut. Les Huguenots demandoient des places de seureté. Le Roy a bien voulu rendre plusieurs places par la paix. Une place assiegée, bloquée, demantelée, ouverte de tous costez.
PLACE REGULIERE, est celle qui a les angles, les costez, les bastions & toutes les autres parties égales, & qu'on nomme ordinairement du nombre de ses angles. Palmanova bastie par les Venitiens est un dodecagone.
PLACE IRREGULIERE, est celle dont les costez & les angles sont inégaux.
On appelle place basse, la batterie du canon qui est au bas du flanc, destinée à battre dans le fossé ; & place haute, celle qui est plus retirée, & qui tire pardessus la basse dans la campagne.
PLACE D'ARMES, dans une ville, est une grande place où est le rendez-vous de la garnison, quand on fait des reveuës, ou en cas d'allarme, pour y recevoir les ordres d'un Commandant.
PLACE D'ARMES, dans un siege, est un lieu spacieux & retranché, ou couvert, pour y tenir des soldats, & pour soustenir ceux qui travaillent à la tranchée, ou pour y assembler des soldats, & les commander aux endroits où on en a besoin.
PLACE D'ARMES, dans un camp, est un grand espace à la teste d'un camp pour y ranger l'armée en bataille. Il y en a aussi pour y faire assembler chaque corps particulier.
PLACE, en matiere d'estapes & de logements, est la ration de pain, ou le logement pour chaque homme. L'Estapier doit fournir tant de places par Compagnie, le Mareschal des Logis tant de logements.
PLACE, se dit aussi d'un lieu eminent où on a droit de s'asseoir, qui marque le rang, la dignité. Ses ancestres ont été dans les premieres places de l'Estat. On brigue fort cette place vacante. Prions Dieu qu'il nous donne une place en sa gloire. Les écoliers composent pour les places, disputent pour les places. On a mis cet homme à table à la place d'honneur. Il s'est mis en sa place, il ne quitte la place à personne, il sçait bien garder son rang, sa place. Homere tient la premiere place entre les Poëtes au Parnasse.
PLACE, se dit aussi de l'ordre, ou naturelle & convenable disposition des choses. Cet os est disloqué, il est hors de sa place. Ce meuble est tout desrangé, remettez chaque chose en sa place. Ce n'est pas là la place de ce tableau, il n'est pas en son jour. Voilà une belle pensée, mais elle n'est pas en sa place.
PLACE, se dit aussi d'un employ, d'un lieu avantageux où on peut faire du profit. Ce Ministre est en place où il peut faire du bien à beaucoup de monde. On a vendu au Palais les places de Clerc au Greffe. On a obtenu une place de Commis aux Aides pour ce jeune homme. Chassez ce valet inutile, il tient la place d'un autre qui vous serviroit bien.
PLACE, en termes de Negotians, se dit du lieu où se tient la Banque, où se fait le negoce d'argent. A Paris on l'appelle absolument la Place ; à Lyon, le Change ; à Londres & à Amsterdam, la Bourse. Les Marchands & Banquiers se trouvent à midy sur la Place, ils negocient, ils font des remises de Place en Place. Il a beaucoup d'argent sur la Place. L'argent de la Place vaut tant à present, c'est à dire, se donne à tel interest.
PLACE, en termes de Palais, se dit de ceux qui sont au droit & condition d'un autre. Un cessionnaire est subrogé de droit au lieu & place de son cedant. Il est colloqué en ordre à la place de luy. On dit aussi quand on veut deffendre quelqu'un, Mettez vous en sa place ; qu'auriez-vous fait, si vous aviez été en sa place ?
PLACE, se dit proverbialement en ces phrases. Des compliments de la Place Maubert, pour dire, des civilitez communes & populaires. On dit aussi à celuy qui redemande une place qu'il a quittée, Vostre place est au cimetiere : Il est aujourd'huy St. Lambert, qui quitte sa place la perd. On dit aussi quand on se met au milieu de la table, qu'on s'est mis à la place du niais. On dit encore, qu'on est en place marchande, quand on est dans un lieu où l'on ne peut manquer d'estre veu. L'origine de ce proverbe vient des Marchands, qui ne manquent gueres de se trouver à l'heure sur la place du Change, afin de se faire voir aux autres, & pour éviter le soupçon d'une prochaine banqueroute.
PLAINDRE
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- Written by: Antoine Furetière
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