s. m. C'est une pierre qu'on appelle autrement pierre de Boulogne, qui imbibe la lumiere étant exposée au Soleil, & qui étant bien enveloppée la conserve pour la rendre en un lieu obscur aussi long-temps qu'elle a demeuré à la recevoir. Quelques-uns l'appellent ardoise de Boulogne, & l'aimant de la lumiere. Elle est tres-claire & pesante, & semblable au plastre. Elle contient beaucoup de sel & de cendres caustiques. Elle soustient une forte calcination. Elle est transparente comme le talc ; mais elle se reduit plustost en brins qu'en lames. On l'appelle pierre de Boulogne, à cause qu'on la trouve prés de Boulogne la Grasse dans le mont Paterna qui en est à quatre milles. Il y en a aussi quantité dans l'Embrunois. On pile cette pierre en poussiere tres-menuë ; on en fait des petits gasteaux en la paistrissant avec de l'eau commune & du blanc d'oeuf. On la laisse secher à l'ombre, & puis on la calcine dans un fourneau de reverbere. Si on en fait des crucifix, aprés qu'ils auront été exposez le jour au Soleil, ils rendront la nuit une tres-grande lumiere.

On a veu depuis quelque temps à Paris d'autres phosphores artificiels faits avec des compositions chymiques. Jean Elhoz qui en a fait un Traité imprimé à Berlin en 1676. parle de quatre sortes de phosphores. Le premier est celuy de la pierre de Boulogne. Le second est de l'invention de Mr. Bauduin, qu'il a publié en 1675. sous le titre de Phosphorus Hermeticus, qu'il appelle l'aimant de la lumiere, parce qu'il l'attire à soy. Il appelle le troisiéme phosphorus smaragdinus. Le quatriéme est le phosphorus fulgurans apporté en France par Mr. Krafft, mais il est de l'invention de Mr. Kunckel Chymiste de l'Electeur de Saxe. Celuy-là étant approché de la poudre à canon bien seche y met le feu. Il consiste en une liqueur qui luit continuellement la nuit, comme les vers luisans, & elle produit le même effet hors du verre, quand on l'applique sur quelque sujet ; car si on en frotte le visage, les mains & les habits, ils luisent tout de même, & les habits n'en sont point gastez. Hors de la phiole la lumiere s'évanouït en peu de temps, & dans la phiole elle se conserve plusieurs années : ce qui fait que ce phosphore est different des autres, parce que celuy-cy luit de luy-même sans estre exposé à la lumiere. Il l'appelle feu perpetuel. Il y a encore un phosphore qu'on appelle liquide, à cause de sa consistence. Mr. Weise Medecin de l'Electeur de Brandebourg l'a fait voir le premier à Paris, & il l'appelle feu froid. Mais quoy que les Allemans ayent fort tâché de cacher ce secret dont ils sont les inventeurs, on a découvert que sa matiere étoit une huile extraite de l'urine avec plusieurs preparations. Le Sr. Humbert Batavien y a reüssi, & en a fait plusieurs experiences, même en a communiqué le secret à plusieurs personnes à Paris.

Les Astrologues appellent aussi phosphore, la Planete de Venus. C'est le mot Grec que les Latins ont tourné en Lucifer. Les François disent l'estoile du Berger.