s. m. se dit premierement de quelques oiseaux qui s'apparient pour la generation, comme des perdrix, des pigeons, & particulierement de la tourterelle. La tourterelle ne va jamais sans son pair : quand elle a perdu son pair, elle mene une vie languissante. Marculphe remarque que dans les Loix Ripuaires on appelloit pair, l'un & l'autre des gens mariez.
PAIR, signifie aussi, Ressemblant, egal, qu'on peut comparer avec raison avec un autre. En ce sens on dit, Paris sans pair, C'est un homme sans pair, pour dire, qui sont au dessus des autres, qui n'ont rien qui leur puisse estre comparé.
En termes de Negoce on appelle change au pair, quand il n'y a rien à perdre, ou à gagner entre les Cambistes, lors que pour une somme qu'on donne en un lieu, on reçoit la même en un autre, sans aucune remise.
PAIR, signifioit autrefois, Egal, de même condition : d'où vient qu'on trouve en quelques Conciles ou Assemblées, Du consentement de nos Pairs, Evêques, Abbez, Prestres, &c. Depuis on a appellé Pairs, les vassaux d'un même Seigneur obligez au service de sa Cour & de sa Justice. Les Pairs étoient des Assesseurs ou hommes lettrez qui assistoient le Seigneur au jugement de ses vassaux. On les appelloit ainsi, parce qu'ils étoient egaux en fonction. On les appelloit aussi Hommes de fief, Pairs de fief, & Compagnons, & Freres. En plusieurs Coustumes ils étoient obligez à peine d'amende, & de saisie de leurs fiefs, de venir assister le Baillif qui tenoit sa jurisdiction & ses assises, & de juger à leurs perils & fortunes, au danger de l'amende envers le Roy, s'il étoit mal jugé ; & s'ils avoient quelques procez ou differents, ils avoient droit d'estre jugés par leurs Pairs presidez par le Seigneur du fief. Le Seigneur étoit obligé de garnir sa Cour de Pairs, qui devoient estre quatre pour le moins : & quand il y avoit en une Seigneurie trop grand nombre de Pairs, le Seigneur en choisissoit ordinairement douze auxquels il attribuoit la qualité de Pairs. Il y a aussi des exemples de femmes qui ont assisté à des jugemens en qualité de Pairs à cause de leurs tenements, & non point comme femmes de Pairs. Et il est constant que dés la premiere origine des fiefs il y a eu des Pairs établis pour juger les procez.
On a appellé aussi Pairs dans les Coustumes, un aisné avec ses freres cadets qui possedoient un fief paternel en commun : ce qu'on appelloit en parage.
PAIR, est aussi une qualité qu'on a donnée anciennement à quelques Seigneurs en témoignage de leur egalité. Il y avoit des Pairs à Tolose. Les sept Pairs du Comté de Champagne.
PAIR, s'est dit depuis par excellence de douze Grands Seigneurs de France à qui on a donné la qualité de Pairs. Il y a six Ducs & Pairs, & six Comtes & Pairs, dont la moitié est Ecclesiastique, l'autre est Laïque. Les Archevesques de Rheims, les Evesques de Laon, & de Langres, sont Ducs & Pairs. Les Evesques de Noyon, de Chaalons sur Marne, & de Beauvais, sont Comtes & Pairs. Les Ducs de Bourgogne, de Normandie, & de Guyenne, étoient Pairs Laïques ; & les Comtes de Flandres, de Champagne, & de Thoulouse, Comtes Pairs. Ils assistent encore maintenant au Sacre des Rois, ou en personne, ou par representation.
Ce mot vient, selon Pasquier, de Patricii ; & selon d'autres avec plus d'apparence de pares, parce qu'ils étoient egaux entre eux. La plus probable opinion est que les Pairs ont été instituez par Louïs le Jeune pere de Philippes Auguste vers l'an 1179. & qu'ils en firent les premieres fonctions au Sacre de son fils : & c'est une erreur de croire qu'ils fussent du temps de Charlemagne, veu que la plus-part des terres qui ont porté le nom de Duché & Pairie, n'ont été érigées en Duchez que long-temps aprés. Ils ont été institués à l'exemple des anciens Pairs de fief, vassaux & hommes de fief, & non point à l'exemple des Patrices Romains, comme quelques-uns l'ont crû.
La Cour du Parlement de Paris est la Cour des Pairs. Depuis on a donné cette qualité de Pair à plusieurs autres Ducs qu'on a creez de temps en temps. On dit aussi, La Cour est garnie de Pairs. Borel dit que c'est une dignité qui tire son origine des Gots, qui établissoient des Ducs & Pairs pour conduire leurs armées. Voyez Pasquier & Du Cange.
PAIR, se dit adverbialement en ces phrases. A pair, ou à non : c'est une espece de jeu ou de gageure, en laquelle on devine si un nombre des choses cachées dans la main, ou sous un chapeau, est pair, ou s'il ne l'est pas. Il va du pair avec luy, c'est à dire, Il est son egal.
PAIR, se dit proverbialement en ces phrases. Ils traitent de pair à compagnon, pour dire, Ils son égaux. On dit aussi, qu'un homme s'est tiré du pair, qu'il est hors du pair, pour dire, qu'il s'est elevé au dessus des autres. On dit bien aussi, qu'un homme s'est tiré hors du pair, quand il s'est tiré d'une affaire qui étoit dangereuse.
PAIR
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- Written by: Antoine Furetière
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