v. act. Perdre la memoire de quelque chose, ne s'en plus souvenir. Quand on luy recommande une chose, c'est la premiere qu'il oublie. Un Bachelier est un homme qui apprend ; un Docteur est un homme qui oublie. Une longue absence fait oublier une maistresse. Les Langues s'oublient, si on ne les cultive. Je n'oublieray jamais vos bienfaits.
Presque en ce sens on dit que quand un pere oublie à faire mention d'un de ses enfants dans son testament, cela le rend nul. En Droit on l'appelle un enfant preterit. A la Cour on oublie bientost les visages, on ne se souvient pas des absens, quand il faut distribuer les charges & les recompenses. Ceux qui entrent en Religion doivent oublier leurs parents, leurs amis, pour dire ; renoncer à toutes choses.
OUBLIER, se dit aussi de ce qui n'est pas present à la memoire, dont on ne se souvient pas sur l'heure, quoy qu'on n'en ait pas perdu tout à fait le souvenir. Oublier ses gands, son manchon, sa bourse. Oublier à faire sa barbe. J'avois oublié ce passage, mais vous m'en faites souvenir. J'oubliois de vous dire, de vous escrire cette circonstance.
OUBLIER, signifie encore, Tesmoigner qu'on ne se souvient plus : feindre qu'on a perdu le souvenir de quelque chose. Dans les accommodements de la Noblesse on oblige les parties d'oublier le passé. Dans une amnistie le Prince promet d'oublier tous les desordres precedents. Nous prions Dieu tous les jours d'oublier nos pechez, & ceux de nos parents.
OUBLIER, signifie aussi, Obmettre, negliger. Il n'a rien oublié pour regaler son ami, pour luy faire un repas magnifique. Il n'a rien oublié pour faire bien eslever ses enfants.
OUBLIER, signifie encore, Manquer à ce qu'on doit à soy ou à autruy. Cette Dame s'est bien oubliée de faire une si basse alliance, elle a bien oublié ce qu'elle estoit. On ne doit jamais oublier le respect qu'on doit aux autels, à ses Superieurs. Les gens de fortune s'oublient aisément, deviennent insolents dans l'elevation. Il s'est oublié jusqu'à disputer le rang à ses Maistres.
OUBLIER, se dit proverbialement en ces phrases. On dit de celuy qui est dans un grand repas, dans une bonne occasion de profiter, Il est bien fou qui s'oublie, qui s'abstient de manger, de s'enrichir. On dit d'un homme attaché à la recherche de ses interests, qu'il n'oublie rien pour dormir. On dit aussi d'un homme avide à voler ou à exiger, qu'il n'oublie pas ses mains, qu'il ne va pas sans ses mains. Marot dit de son Valet qui le vola, qu'il n'oublia rien fors à luy dire adieu. On dit aussi, Qui bien aime, tard oublie. On dit qu'une chose est mise au rang des pechez oubliez, quand on la neglige, quand on n'en fait plus de cas, quand on n'en parle plus. On dit aussi par une formule de queste, N'oubliez pas les pauvres malades, l'Hospital General, le service du St. Sacrement, pour exciter les gens de bien à faire quelque liberalité pour ces choses.
OUBLIER
- Details
- Written by: Antoine Furetière
- Category: Non classifié
- Hits: 563