verb. n. Trepasser, deceder, terminer sa vie. Un Empereur doit mourir de-bout. Un brave doit mourir au lict d'honneur, doit estre resolu de vaincre, ou de mourir. Un prodigue meurt à l'Hospital, sur un fumier, au coin d'un bled. Les pulmoniques meurent tout en vie, se voyent mourir. Les gens replets meurent d'apoplexie, de mort subite. Les Chirurgiens l'ont tant charpenté, qu'ils l'ont fait mourir martyr. Il est mort constamment & en vray Philosophe. Il est mort comme un saint.

Mourir civilement. C'est, Estre retranché de la societé civile, soit volontairement quand on quitte monde, pour faire profession dans un Monastere, auquel cas on dit qu'un homme est mort au monde ; soit par autorité de Justice, quand on est condamné aux galeres, & au bannissement perpetuel.

On dit aussi, que les communautez ne meurent point.

MOURIR, se dit aussi des arbres & des plantes qui n'ont plus de vegetation. Le grand hiver a fait mourir tous mes cyprez, tous mes orangers. Quand on oste l'écorce des arbres, cela les fait mourir.

MOURIR, se dit aussi des choses inanimées. Le commerce est mort dans ce pays-cy. Le credit est mort chez ce Marchand. La saison est morte, on ne trouve point de fruit. La chandelle est morte, le feu est mort, c'est à dire, sont esteints. Les paroles luy meurent dans la bouche, tant il est saisi de peur, d'affliction.

MOURIR, se dit hyperboliquement en parlant des grandes douleurs ou afflictions qu'on souffre. Le Vautour de Promethée le faisoit mourir cent fois le jour. Ses enfans desbauchez le font mourir. Quand ce seroit pour mourir, je n'en puis faire d'avantage. Vous me faites mourir avec vos contestations, vostre opiniastreté, vostre longueur.

MOURIR, se dit aussi en parlant des grandes necessitez qu'on souffre, ou des efforts violents de l'ame qui causent quelquefois la mort. Cela me fait mourir de rire. Vous devriez mourir de honte. Il meurt de faim & de soif. On se meurt de chaud, en ce pays-là au mois d'Aoust. On dit aussi, qu'on meurt d'envie, de desir, d'impatience, de voir ou de faire quelque chose qu'on souhaitte ardemment.

MOURIR, se dit aussi en choses spirituelles. Il faut mourir au monde pour vivre, dans la gloire. Il faut songer à bien mourir, à mourir chrestiennement, à mourir pour celuy qui est mort pour nous. On est heureux de mourir en la grace de Dieu, malheureux de mourir en peché mortel.

MOURIR, se dit encore poëtiquement des Langueurs, desespoirs, & impatiences amoureuses. Je ne veux que la voir soupirer & mourir. Une absence de trois mois, c'est assez pour en mourir. Cet amant passionné se meurt de langueur, il meurt en chartre, tant il est maigre.

On dit qu'un homme a esté fait mourir, pour dire, qu'il a esté executé à mort par autorité de justice.

MOURIR, est aussi subst. masc. Le mourir est doux pour ce qu'on aime. Il a eu tel regret, tel deplaisir de sa faute, qu'il en est au mourir. Il en a esté malade au mourir.

MOURIR, se dit proverbialement en ces phrases. Autant meurt veau que vache. Il faut vieillir, ou jeune mourir. On dit que les envieux mourront, mais que l'Envie ne mourra jamais. On dit aussi, qu'on ne sçait ni qui meurt, ni qui vit, pour dire, que l'heure de la mort est incertaine, & qu'il faut prendre des asseurances par escrit. On appelle un insolvable, un meurt de faim. On dit aussi, qu'un bon lievre vient toûjours mourir au giste. On dit aussi, quand on a perdu au jeu par quelque coup extraordinaire, que c'est mourir d'une belle espée. On dit aussi de celuy dont on a dessein de se venger, qu'il en mourra quitte, il ne mourra que de ma main ; & de celuy de la constance duquel on est asseuré, qu'il viendra à bout de son dessein, ou qu'il mourra en la peine. On dit aussi à celuy qui parle de coeur, il est bien malade qui en meurt. On dit aussi, il n'en mourra que les plus malades. On dit aussi, qu'un homme mourra en sa peau, pour dire, qu'il ne se convertira point. On dit encore, que nous mourons tous les jours, parce qu'il n'y a point de jour que nous ne fassions un pas vers la mort.