subst. masc. Partie d'une chose couppée & divisée, qui est considerée à part. En se battant ils ont mis leurs habits tout en pieces & morceaux. Il faut coupper ce pain en plusieurs morceaux le distribuer. Ce Gouverneur se fera plustost hacher par morceaux, que de se rendre. Cette metairie est difficile à exploiter, elle est toute en petits morceau de prez, de vignes, de terres fort separez. Du Cange derive ce mot de morcellus.

MORCEAU, se dit plus particulierement de ce qu'on mange, de ce qu'on mord. Il ne faut pas s'aller coucher le morceau au bec, pour dire, qu'il faut faire un peu d'exercice. On dit aux gens qu'on oblige de disner à la haste, qu'ils doublent leurs morceaux. On dit d'un goinfre, qu'il aime les bons morceaux. Venez manger un morceau, pour dire, Venez disner. On appelle aussi en Medecine le morceau d'Adam, la partie qu'avance aux hommes dans le col du cartilage du larinx, nommé scutiforme.

MORCEAU, se dit aussi d'un tout qui est excellent & considerable. Le Roy d'Espagne a perdu le Portugal, c'est un bon morceau. L'Archevesché de Paris, la charge de Premier President, sont de beaux morceaux. Cette fille est parfaitement belle, c'est un friand morceau. On dit aussi en Peinture d'un tableau exquis, que c'est un beau morceau. On le dit pareillement d'un ouvrage de Sculpture, & d'Architecture. Le frontispice du louvre, l'arc de Constantin, sont de beaux morceaux d'Architecture.

MORCEAU, se dit figurément en Morale, des fragments qui restent des Auteurs anciens. Il ne nous reste que quelques morceaux des Poëmes, des Histoires de l'Antiquité, dont le corps a esté perdu.

MORCEAU, se dit proverbialement en ces phrases. On dit qu'on compte à un homme ses morceaux, qu'on luy rogne, qu'on luy taille ses morceaux, pour dire, qu'on luy plaint sa vie, qu'on ne luy donne que ce qu'il faut pour vivre au juste.

On dit ironiquement double jeusne double morceau, à ceux qui mangent les jours de jeusne plus qu'à l'ordinaire.