subst. fem. Eau qui sort du coin de l'oeuil par la compression des muscles causée par quelque douleur, affliction, fluxion, ou par quelque agent exterieur. La grande douleur fait verser des larmes aux plus constants. Un amant fond en larmes à la mort de sa maitresse. La compassion tire des larmes des plus insensibles, ils ont de la peine à retenir leurs larmes. L'affliction fait pleurer à chaudes larmes. On dit de ceux qui consolent, qu'ils essuyent les larmes d'une personne affligee. Il a une fluxion qui est cause qu'il a toûjours la larme à l'oeuil. De l'oignon fait pleurer, fait sortir de grosses larmes. Il y a aussi des larmes de joye, qui sont causées par la même compression des muscles, quand ils sont violemment esmeus par quelque surprise extraordinaire. Et ainsi on dit, Rire aux larmes, quand on fait un grand effort de rire.
On dit hyperboliquement un torrent de larmes, de celles qui coulent en abondance. On dit d'un grand malheur, qu'on le devroit pleurer avec des larmes de sang, quoy qu'on n'en ait jamais vû. Les Poëtes ont feint aussi que la mer estoit une larme de Saturne, pour faire entendre que le temps engendre toutes choses.
LARME, se dit aussi en parlant de la penitence, soit qu'on verse des larmes effectives, soit qu'on sente une grande douleur & repentence de ses fautes. Malherbe a fait un Poëme des larmes de St. Pierre, qu'il a imitées du Tansile. La Magdelaine arrosa de ses larmes les pieds du Sauveur, & les essuya de ses cheveux. Il faut noyer ses pechés dans ses larmes, les effacer à force de pleurer, ou de s'en repentir.
LARME, se dit quelquefois des animaux. Virgile dit qu'en la pompe funebre de Pallas son cheval jettoit de grosses larmes. Les cerfs aux abois respendent des larmes. Ils jettent aussi des larmes qui s'espaississent, & forment une espece de gomme ou de chassie.
LARME, se dit aussi du suc qui distile goutte à goutte de quelque arbre, comme de la vigne, quand on la taille ; du palmier, d'où il distile du vin. Les gommes, résines, les mastics sont des larmes de differents arbres. Il y a aussi du vin qu'on appelle lacryma Christi.
LARME, signifie aussi une petite quantité de liqueur. Voilà d'une essence si exquise, qu'il n'en faut qu'une larme pour faire une bouteille d'hypocras. Ce malade demande du vin dans sa fiévre, ne luy en donnez qu'une larme.
LARME, se dit aussi des figures ou representations de larmes. Les Philosophes modernes ont fait de merveilleuses experiences sur des larmes de verre, qui se font avec une goutte de verre fondu tombant dans de l'eau. Car si l'on en rompt le bout de la queuë, le reste se brise aussi-tost en mille petites parties, autrement on a de la peine à les casser à coups de marteau. On les appelle communement larmes de Hollande. Elles sont le sujet d'un beau Traitté imprimé à Bologne en 1671.
On peint aussi des figures de larmes sur les tombeaux, & on en aplique sur les ornements qui servent aux pompes funebres.
On appelle aussi en Architecture, larmes, ou campanes, certains ornemens d'Architecture qu'on appelle autrement gouttes, comme ceux qui sont au dessous des tryglyphes des colomnes Doriques.
On appelle proverbialement des larmes de crocodille, les larmes feintes de ceux qui versent des pleurs sans estre veritablement affligés. On dit aussi ironiquement à un enfant qui tesmoigne quelque envie de pleurer, qu'il est sur le pont de Sainte Larme.
LARME
- Details
- Written by: Antoine Furetière
- Category: Non classifié
- Hits: 710