adj. & subst. masc. & fem. Malade atteint, infecté de lepre. On separe les ladres des hommes sains. Ce qui a donné de la haine aux Orientaux pour les cochons, c'est parce qu'ils sont sujets à estre ladres. On a créé des Officiers langueyeurs de cochons, pour visiter ceux qui sont ladres ou sursemez, qui ont des grains à la langue & à la gorge. On appelle par corruption St. Lazare, St. Ladre ; la ruë grenier, St. Ladre, c'est à dire, du grenier St. Lazare : de là vient qu'on appelle ladres, les lepreux. On appelle ladres blancs, les ladres ou lepreux qui ont encore la face belle, & le cuir poli & lissé, ne donnant aucun signe par dehors de la lepre dont ils sont atteints au dedans ; & ladres verds, des ladres confirmez, qui ont plusieurs boutons qui poussent au dehors, qui sont fort durs, & dont la base est verde, & la pointe blanche. Ambroise Paré dit qu'il y avoit en Guyenne & en Bretagne plusieurs de ces ladres blancs, qu'on appelloit cacots, cagots, capots & gabets, d'où plusieurs pretendent qu'est venu le mot de cagot, qu'on a appliqué odieusement & par derision à ceux qui menoient une vie retirée & solitaire, comme font les ladres ; car on les obligeoit à vivre à part, & à porter des cliquettes, & des barils, afin qu'ils fussent connus & évitez du peuple. Quelques-uns derivent ce mot du Grec laidros, qui signifie turpitude & difformité. Les Grecs ont appellé cette maladie elephantiasis, à cause que les ladres ne sentent rien, & ressemblent à l'élephant, qui est presque insensible à cause de la dureté de sa peau. Borel le dérive de lasre, vieux mot François qui est derivé de Lazare, à cause que le Lazare estoit chargé d'ulceres.

LADRE, signifie figurément en Morale, Avare, vilain & malpropre. Ce vieux Pedant est un ladre qui n'a jamais donné à manger à personne, qui se plaint une paire de souliers.

LADRE, se dit aussi de ceux qui sont insensibles. J'ay bien ressenti ce coup, je ne suis pas ladre. Il faut que cet homme soit ladre, de souffrir tant de brocards sans en tesmoigner du ressentiment.

LADRE, se dit aussi d'un cheval qui a des marques blanches autour de l'oeuil & au bout du nez ; ce qui n'empêche pas pourtant qu'il ne soit bon & sensible à l'esperon.