s. f. Fruit rempli de pepins rouges & acides, qui est rond comme une pomme, & qui a une espece de couronne sur la teste. Il y a des grenades douces, d'autres vineuses, & d'autres aigres. On les appelle aussi pommes de grenade. Quelques-uns les appellent migraines. En Latin malum punicum. Au Perou on a veu une grenade aussi grosse qu'un baril, que les Espagnols firent porter par rareté à la Procession du St. Sacrement. Le Grand Prestre des Juifs portoit au bas de ses ornements des figures de grenades. Quand on mord dans une grenade, elle noircit les levres extremement. Ce mot vient du Latin granatum, qu'on trouve dans Pline.

GRENADE, est aussi une fleur d'où naist ce fruit. Elle est d'un beau rouge, & aboutit en une espece de couronne. La fleur de grenade sied bien au milieu d'un bouquet. Le grenadier sauvage a une fleur que Dioscoride appelle balaustium. Ce nom se conserve encore en la boutique des Apothicaires. Il y en a de blanches, de rouges, & d'incarnates.

GRENADE, en termes de Guerre, est un feu d'artifice enfermé dans un globe ou boëste de fer aigre, qui n'a qu'une ouverture pour y faire prendre l'amorce. Elle fait un grand éclat en se crevant. Casimir dit que les grenades sont proprement des globes de fer ronds, & que ceux qui sont de forme ovale ou longue doivent estre appellez bombes. Les bombes & grenades de fer ont d'espaisseur un huitiéme, un neufviéme ou un dixiéme de leur diametre. L'orifice a de large deux neufviémes, comme enseigne Casimir dans son Artillerie. Il fut jetté en moins d'un mois pendant le siege d'Ostende plus 50. mille grenades dans la ville, & ceux de la ville en jetterent bien 20. mille dans les travaux des assiegeants, comme a escrit Paulus Piasecius Evesque de Premisse. Le meilleur moyen pour éviter le feu d'une grenade, c'est de se coucher à terre avant qu'elle soit crevée, comme enseigne Casimir.

On appelle des grenades borgnes ou aveugles, celles qui n'ont point besoin d'estre allumées pour estre jettées avec le mortier, mais qui s'enflamment quand elles tombent sur quelque objet dur & arresté. On en voit la construction dans l'artillerie de Casimir, livre 4. Mr. de Thou dit qu'on commença d'user de grenades en l'an 1588. au siege de Wachtendonck, qui est un bourg prés de Gueldres ; & que celuy qui en fut l'inventeur estoit un habitant de Venlo, qui pour en faire l'essay fut cause de l'incendie des deux tiers de sa ville, où le feu se mit par l'accident de la cheute d'une grenade. Les boulets à feu ont esté long-temps auparavant l'invention de ces grenades.

La grenade ordinaire ou à la main, est une petite boule creuse remplie de poudre fine, qui est de fer, de bois, de carton, qui prend feu par une fusée attachée à sa lumiere, & qu'on jette à la main dans des bataillons, des tranchées, ou dans des postes qu'on attaque. Ces grenades sont de la grosseur d'un boulet de fer. Elles pesent depuis une jusqu'à trois livres. Ce nom de grenade vient de ce qu'elles sont pleines de grains de poudre, comme le fruit des grenades est plein de pepins. les grenades à main ont esté inventées long-temps depuis les grandes grenades. Les Anciens avoient des elles ou pots à feu, qui estoient des especes de petites grenades fort imparfaites.

GRENADE, se dit aussi en termes de Marine, & est la même chose que creuette.