s. m. Plante medecinale. Il y a de l'ellebore blanc, & de l'ellebore noir. L'ellekore blanc a ses feuilles semblables au plantain, ou à la bete sauvage, quoy que plus courtes & plus noires tirant sur le rouge. Sa tyge est creuse, haute de quatre doits, ou selon Pline, d'un palme, & est enveloppée de certaines pellicules qu'elle despouille, quand elle commence à secher. Il jette plusieurs racines menuës, qui partent d'une petite teste longue comme les racines d'oignon. Le meilleur est celuy qui est blanc, fresle, qui a de petites poulpes peu étenduës, qui n'est pas pointu comme un jonc, qui rend de la poudre quand on le rompt, qui a une petite moelle deliée, & qui n'est point trop ardent, ni bruslant au goust, & ne fait venir incontinent la salive à la bouche ; car quand il est tel, il étouffe & estrangle la personne. L'ellebore noir a esté appellé melampodium, à cause d'un Pasteur nommé Melampus, qui le premier s'en servit pour purger & guerir les filles de Proetis qui couroient sur luy estant enragées. Ses feuilles sont verdes, & semblables à celles du plane, quoy que plus petites, rudes, noires & chiquetées en plusieurs endroits, comme celles du spondilium. Ses fleurs sont rouges tirant sur le blanc, & disposées en forme de grappe. Ses racines sont noires & menuës comme celles du blanc. Il est dangereux même de l'arracher, & il faut manger des aulx, & boire du vin pur auparavant, pour se garder de ses vapeurs. Ceux d'Anticyre où il croist en abondance appellent ellebore, la grande sesamoïde, qui a sa graine semblable à l'ellebore & au cartamum ; & ils la meslent avec l'ellebore blanc, quand ils veulent purger une personne. Dioscoride. Matthiole dit qu'il y a trois especes d'ellebore noir, qui ne sont differents qu'en leurs fleurs ; car l'un les a rouges, l'autre blanches, & le troisiéme verdes. Il les distingue en masle & femelle. L'ellebore noir fait mourir les boeufs, les chevaux & les pourceaux. Le blanc ne leur fait point de mal. On appelle autrement l'ellebore, verastre, veraire & verare ; en Latin elleborus albus, niger, veratrum album, nigrum.

On dit proverbialement, qu'un homme a besoin de deux grains d'ellebore, pour dire, qu'il est fou ; parce qu'on se servoit autrefois d'ellebore pour guerir la folie.

ELLEND, ou plûtost Elant. s. m. Beste sauvage de la taille d'un cheval, & de la figure de chevre, ou de cerf, mais plus grande & plus pleine, qu'on trouve aux forests de Prusse, mais bien plus communément en Canada. Les Auteurs le descrivent fort diversement. Celuy dont on a fait l'anatomie à l'Academie des Sciences, avoit les pieds fendus, tout à fait semblables à ceux d'un boeuf. Il n'avoit aucune apparence de barbe. Son poil estoit par tout long comme celuy des chevres. Il avoit trois pouces de long, & estoit gros comme de gros crin, allant en diminuant vers l'extremité qui estoit fort pointuë. Il paroissoit avec le microscope spongieux comme le jonc. Ses oreilles estoient de neuf pouces de long sur quatre de large. Sa queuë estoit petite, & de deux pouces seulement. Son col estoit court, gros & large de neuf pouces. Il avoit cinq pieds & demi depuis le bout du museau jusqu'au commencement de la queuë. Sa levre superieure estoit grande & detachée des gencives. Sa glande pineale estoit grande de trois lignes, & de figure conique. Les ligaments de ses jointures estoient tres-forts : ce qui a fait dire à quelques Auteurs, que les ellends de Moscovie ont les jambes sans jointures, qui leur donnent la facilité de glisser sur les glaces, & ainsi se sauver des loups. L'ellend est de couleur fauve, ou d'un jaune obscur meslé d'un gris cendré. Il a la jambe haute & gresle, & la corne fort dure, aussi-bien que la peau. Le masle a des cornes, comme dit Pausanias ; & la femelle n'en a point, comme témoigne Cesar : & en cela il ressemble aux biches. Il vit dans des sapinieres, & on le prend à la faveur des neiges où il enfonce. On en envoye la peau en France, dont on fait des buffles. Les plus grandes peaux s'appellent chappons. Son naturel est comme celuy du cerf, & son rut de même. Il porte un bois large & plat comme le daim, mais un peu couvert de poil par le bas. On espie l'occasion qu'il tombe du mal caduc pour le prendre ; ce qui luy arrive fort souvent : & on s'en saisit avant qu'il puisse reprendre assez de force pour mettre le pied gauche dans son oreille ; ce qui le guerit incontinent. C'est pourquoy on veut que la corne de ce pied toute seule ait la vertu de guerir de l'épilepsie. Les Allemans l'ont appellé ellend, qui signifie misere, à cause de la misere où est reduit cet animal de tomber du mal caduc, quoy qu'il porte toûjours son ongle quant & soy : ce qui fait croire que la vertu qu'on luy attribuë d'en guerir est une fable. Aussi Olaüs dit qu'il faut que ce soit l'ongle du pied droit en dehors que l'ellend mette dans son oreille pour guerir de l'épilepsie : ce qui estant impossible, il paroist qu'il n'a parlé de cette vertu qu'en riant. Mais il adjouste, que ses coups sont si rudes, que des pieds de derriere il brise les arbres comme des champignons, & de ceux de devant il perce les Chasseurs d'outre en outre. En Latin on l'appelle alce ou machlys ; d'autres animal magnum.