v. act. Avoir peur, apprehension que quelque mal ne nous arrive. Un brave ne craint ni la mort, ni les dangers, il ne craint que la cheute du Ciel. Il est plus seur aux Rois de se faire craindre, mais il est plus doux de se faire aimer. Un escolier craint le foüet. Un cheval craint l'esperon. Le moindre ennemy est à craindre. Il faut craindre un transport au cerveau. Les malades de la rage craignent l'eau. Menage derive ce mot de cremere, qu'on a dit vraisemblablement pour tremere. Il témoigne que les vieux Auteurs ont dit cremir, cremeur & cremeteux, pour craindre, crainte & craintif.

CRAINDRE, se dit aussi des choses inanimées, quoy qu'elles ne soient point sujettes à aucunes passions. Les orengers craignent la gelée. Les fleurs, le teint craignent le hale. L'eau craint le feu. On dit d'un homme craintif qui craint tout, qu'il craint la touche, la reprimende : & au contraire d'un emporté, d'un libertin qui ne craint rien, qu'il ne craint ni Dieu, ni Diable.

CRAINDRE, signifie aussi, Se retenir par respect, par amour, par honneur de faire quelque chose. Un homme de bien craint d'offenser Dieu, parce qu'il est bon. Cette femme aime tant son mary, qu'elle craint sans cesse de le fascher. Il craint de blesser les oreilles chastes. Il craint de choquer les loix de la bienseance, de la Grammaire.