s. m. Qui est interessé dans la même fortune. Les adventures d'Ulysse & de ses compagnons sont descrites dans l'Odyssée d'Homere. Les Capitaines disent à leurs soldats pour les inviter à les suivre en quelque expedition, Courage, compagnons. Ce mot, à ce que dit Henry Estienne, vient d'un vieux mot Gaulois benna, qui estoit une espece de chariot dont parle Festus. Ceux qui étoient ensemble dans ce même chariot s'appelloient combennons, quasi in eâdem bennâ sedentes ; & depuis par le changement assez ordinaire du b en p, on a dit compennons ; ensuitte on a dit compaignons, & à la fin compagnons. Nicod & Menage aprés Pasquier le derivent de compain, comme qui diroit qui mange de même pain, qui se dit encore en langage Picard. Quelques-uns l'ont derivé de compaganus. Il y a plus d'apparence qu'il vient de compagnun, vieux mot Celtique ou Bas-Breton qui signifie la même chose.
COMPAGNON, se dit aussi d'un ancien ami, confident, familier. Les compagnons d'escole sont les amis qui durent le plus long-temps. Les compagnons de débauche ne sont amis que dans la fureur de la jeunesse. On appelloit autrefois compagnons d'armes, les Chevaliers qui se promettoient reciproquement de se secourir, & de ne se point quitter en toutes occasions.
COMPAGNON, signifie aussi, Celuy qui est dans une même charge, & sur tout quand il n'y en a que deux de même nature. Diocletian avoit Maximilien pour son compagnon, son associé à l'Empire. On dit des Consuls, Jurats, Presidents en même Chambre, que ce sont des compagnons d'office. On le dit aussi des Offices de nouvelle creation, de même nature. On a donné des compagnons à ces Officiers, on a creé des alternatifs & triennaux.
COMPAGNON, se dit aussi des Religieux qui habitent, ou qui marchent ensemble. Un Moine ne doit point sortir de son Couvent sans que son Superieur luy donne un compagnon. Quand on nomme un Prieur Regulier à un Benefice dependant d'un Ordre, on luy donne un ou plusieurs compagnons pour habiter avec luy.
On dit en Medecine, que le lait ne veut point de compagnon, pour dire, que quand on ordonne le lait par medecine à un malade, il ne faut point luy donner d'autre aliment. On dit aussi en Morale, que l'ambition & l'amour ne veulent point de compagnon.
On appelle sur mer les Mariniers de l'équipage compagnons, qui doivent estre au dessus de 17. ans, & au dessous de 50.
COMPAGNON, signifie aussi un garçon qui a fait son apprentissage en quelque mestier, & qui n'ayant pas moyen de se faire passer Maistre, va servir & travailler chez les autres. C'est un Compagnon Tailleur, Mareschal, Rharpentier, &c.
On appelle compagnons de riviere, ceux qui travaillent sur les ports à descharger & à serrer les marchandises, comme les Forts qui sont establis au port St. Paul.
COMPAGNON, est aussi une épithete ou qualité qu'on donne sur tout aux jeunes gens en differentes occasions. Ce soldat est un brave, un hardi compagnon. ce Financier étoit il y a dix ans un pauvre gueux, un fort petit compagnon. ce débauché est un gaillard, un bon compagnon, qui aime la joye. On dit aussi, Deffiez-vous de cet homme-là, c'est un dangereux compagnon, un estrange compagnon. On dit aussi, qu'un homme fait le compagnon, lors qu'il est glorieux, insolent, qu'il parle ou agit autrement que ne souffre sa condition. Il ne veut pas qu'on le traitte de pair à compagnon. Qui a compagnon, a maistre. On dit aussi, qu'un homme se bat en duël à despeche compagnon, pour dire, à outrance, & à qui aura plûtost tué son homme. On le dit aussi des goinfres qui font un deffi à qui mangera avec le plus d'avidité.
COMPAGNON
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- Written by: Antoine Furetière
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