s. m. C'est la gomme d'un arbre qui croist aux Indes dans les montagnes maritimes & dans l'Isle de Borneo, lequel est de telle hauteur & largeur, qu'un escadron de cent hommes pourroit demeurer dessous à l'ombre, & on en fait de grands cofres qui viennent du Japon. On dit qu'il sort en plus grande abondance durant la tempeste & les tremblements de terre. Il degoutte de cet arbre comme fait la gomme. Il y en a de plusieurs sortes ; car on en trouve une entre les veines du bois, & une autre qui sort par l'écorce rompuë, comme resine, & demeure attachée à l'arbre. Elle est rouge d'abord, & devient blanche, ou par la chaleur du Soleil, ou à force de feu. Il y en a une brune & obscure qui est moins estimée. Il y a aussi un camphre en rose, qui n'a point passé par le feu ; & un autre qui a été purifié & blanchi, & fait par sublimation. Le camphre est si subtil, que souvent de soy-même il se resout en fumée. Il est si odorant, que sur les lieux on s'en sert en guise d'encens. Pour être bon, il doit être blanc, pur, reluisant, transparent, de forte odeur ; & il faut qu'il devienne mouillé, quand on le met sur un pain chaud. On a trouvé depuis peu en Ceylan, que la racine de l'arbre de cannelle produit d'aussi bon camphre qu'aucun du Japon, ou de la Chine, comme témoigne l'Histoire de la Societé d'Angleterre. Quelques-uns, comme Fuchsius, croyent que c'est un bitume des Indes. On l'appelle en Latin camphora, qui vient du mot Hebreu copher.

On fait du camphre artificiel avec de la sandaraque & du vinaigre blanc distillé, qu'on met durant 20. jours dans le fumier de cheval, & qu'on laisse aprés au Soleil pendant un mois pour secher, & on trouve le camphre fait comme une crouste de pain blanc, qu'on appelle autrement gomme de genevre, vernis blanc, ou mastic bien pulverisé. La Chymie ne travaille point sur le camphre, puis qu'il surmonte en pureté, en subtilité, en volatilité & en penetration tout ce qu'on en pourroit tirer par la distillation ; & on ne peut encherir sur sa perfection. Sa diaphaneïté est grande, & sa blancheur égale celle de la neige. Son goust acre, & son odeur forte témoignent sa volatilité. Son inflammabilité dans l'eau, & sa totale consomption, sans laisser aucune trace au vaisseau dans lequel on l'allume, monstrent sa pureté & la subtilité de ses parties. On a fait ce proverbe sur le camphre :

Camphora per nares castrat odore mares.

Mais ce proverbe est contraire au dire de Scaliger, & aux experiences de Tulpius.

La principale qualité du camphre est de retenir & de conserver un feu inextinguible qui brusle dans l'eau, sur la glace & dans la neige, à cause qu'il est d'une nature fort tenuë & grasse, jusques là que si on en jette dans un bassin sur de l'eau de vie, & qu'on les fasse bouillir jusqu'à leur entiere évaporation dans quelque lieu estroit & bien fermé, & que par aprés on y entre avec un flambeau allumé, tout cet air renfermé conçoit en un moment le feu, qui paroist comme un éclair sans incommoder le bastiment, ni les spectateurs.